Le désarmement du Hamas et la reconstruction de la bande de Gaza seront « très difficiles », a reconnu mercredi le vice-président américain JD Vance à al-Qods/Jérusalem, où il a tenté de rassurer « Israël » sur le projet de paix américain pour la région.
Selon l’AFP, l’administration Trump intensifie ses efforts diplomatiques pour consolider la première phase du fragile cessez-le-feu à Gaza, en vigueur depuis le 10 octobre, et aborder les sujets sensibles des phases à venir comme l’administration et la reconstruction de ce territoire ravagé par deux ans de guerre.
Arrivé mardi en « Israël », Vance a aussitôt rencontré les deux émissaires de Donald Trump pour la région, Steve Witkoff et Jared Kushner, déjà sur place, avant de s’entretenir mercredi à al-Qods avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio est quant à lui attendu jeudi en Israël dans le cadre de cette offensive diplomatique américaine auprès de son allié israélien.
« Nous avons une tâche très, très difficile devant nous, qui est de désarmer le Hamas et de reconstruire Gaza, de rendre la vie meilleure pour les gens de Gaza, mais aussi de s’assurer que le Hamas ne soit plus une menace pour nos amis en Israël », a déclaré JD Vance à l’issue de sa rencontre avec Netanyahu.
Le mouvement de résistance palestinien a jusque-là refusé d’envisager son désarmement et ses combattants se sont redéployés dans des secteurs de Gaza après la trêve, s’affrontant avec des groupes armés accusés de « collaborer » avec Israël.
« Lendemain incroyable »
L’accord de cessez-le-feu a permis jusqu’à présent la libération de 20 captifs israéliens vivants et de centaines de prisonniers palestiniens, et prévoit l’afflux d’aide humanitaire pour la population gazaouie.
Mais un regain des affrontements dimanche, fatals à 45 Palestiniens et deux soldats israéliens, et des retards dans la remise prévue par le Hamas des 28 dépouilles d’otages décédés retenues à Gaza ont fait craindre de voir cette trêve voler en éclats.
« Cet accord sur Gaza est un élément clé pour déverrouiller les accords d’Abraham, et pourrait ainsi permettre la création d’une alliance au Moyen-Orient qui perdure », a ajouté Vance en référence au projet américain d’étendre la normalisation des relations entre Israël et des pays de la région à la faveur d’un règlement à Gaza.
« Nous sommes en train de créer un lendemain incroyable avec une vision complètement nouvelle » sur « comment avoir un gouvernement civil, sur la manière d’assurer la sécurité là-bas », a déclaré à ses côtés M. Netanyahu. « Ce ne va pas être facile » et cela « va nécessiter beaucoup de travail », mais je pense que c’est possible », a-t-il ajouté.
Soldats turcs ?
Une étape ultérieure du plan Trump prévoit le retrait progressif des forces israéliennes dans la bande de Gaza et le déploiement d’une force de sécurité internationale. Les Etats-Unis n’enverront pas de troupes à Gaza et cherchent des pays près à contribuer à cet effort militaire, a assuré mardi Vance.
« Nous ne cherchons pas à imposer quoi que ce soit à nos amis israéliens en ce qui concerne la présence de troupes étrangères sur leur sol, mais nous pensons qu’il y a un rôle constructif que les Turcs peuvent jouer », a-t-il ajouté.
« J’ai des opinions très tranchées à ce sujet. Voulez-vous deviner lesquelles ? », a dit de son côté Netanyahu, alors qu’une partie de l’opinion publique israélienne voit d’un mauvais œil le déploiement de soldats turcs, pays dont les relations avec Israël sont actuellement tendues.
« Foutaises »
Après sa rencontre avec le vice-président américain, le Premier ministre israélien a rejeté l’idée qu’Israël soit un État client des États-Unis, la qualifiant de « foutaises ».
« Je tiens à être très clair », répond-il à une question. « Une semaine, ils affirment qu’Israël contrôle les États-Unis. Une semaine plus tard, ils affirment que les États-Unis contrôlent Israël. Ce sont des foutaises. »
« Nous avons un partenariat, une alliance de partenaires qui partagent des valeurs et des objectifs communs. Nous pouvons avoir des discussions, des désaccords ici et là, mais dans l’ensemble, je dois dire qu’au cours de l’année écoulée, nous sommes parvenus à un accord ; un accord non seulement sur les objectifs, mais aussi sur la manière de les atteindre. »
Selon Netanyahu, « Israël » a réussi à « mettre le couteau sous la gorge du Hamas ; il s’agissait de l’effort militaire mené par Israël, et l’autre effort consistait à isoler le Hamas du monde arabo-musulman, ce que le président [américain] a brillamment accompli avec son équipe, à mon avis. »
« Nous ne voulons pas d’un État vassal, et ce n’est pas ce qu’est Israël », a répliqué à son tour Vance. « Nous ne voulons pas d’un État client, et ce n’est pas ce qu’est Israël. Nous voulons un partenariat. Nous voulons un allié ici. »
« Le président estime qu’Israël, avec ses alliés arabes du Golfe, peut jouer un rôle de leadership très positif dans cette région – à tel point que, franchement, les États-Unis se fichent complètement du Moyen-Orient, car nos alliés dans la région intensifient leurs efforts et prennent le contrôle de leur région du monde. »
« Cela ne signifie pas que nous n’avons pas d’intérêts ici », poursuit Vance. Cela ne signifie pas que nous ne nous soucions pas de ce qui se passe ici. Mais nous voyons en réalité cela comme une opportunité de consolider les accords d’Abraham. Je pense que cet accord sur Gaza est un élément essentiel pour débloquer les accords d’Abraham. Il pourrait également permettre la création d’une structure d’alliance au Moyen-Orient qui perdure et se perpétue et qui permette aux citoyens de cette région du monde de se mobiliser et de prendre possession de leur propre territoire. C’est dans l’intérêt des États-Unis. Je pense que c’est aussi dans l’intérêt d’Israël.
Et Netanyahu de reprendre à nouveau : « Nous prenons les décisions pour la sécurité d’Israël. Mais nous prenons des décisions communes pour la région, ce qui, je pense, peut nous servir à tous ».
« Souffrance »
Dans la bande de Gaza, Imran Skek, un Palestinien âgé de 34 ans réduit à vivre sous une tente, espère que la trêve va tenir et que le territoire pourra renaître rapidement.
« La guerre a cessé et on n’entend plus de bruit de bombes ni de bombardements comme avant. Nous espérons que le cessez-le-feu tiendra et qu’Israël et le Hamas le respecteront », dit-il à l’AFP.
« Nous commençons à peine à nous reposer, mais de nombreux problèmes subsistent. Devrons-nous vivre sous des tentes ? Cela est une autre forme de souffrance », ajoute-t-il.
De son côté, Israël a annoncé mardi soir avoir récupéré, via la Croix-Rouge internationale à Gaza, deux nouvelles dépouilles des captifs restituées par le Hamas, les 14e et 15e sur les 28 qu’ils s’est engagé à rendre.
Il s’agit de Tamir Adar, 38 ans, et d’Aryeh Zalmanovich, un des fondateurs du kibboutz Nir Oz, l’un des plus touchés lors de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre, et entraîné côté israélien la mort de 1.221 personnes, en majorité des civils, selon un bilan établi par l’AFP à partir de données officielles israéliennes.
Dans son offensive menée en représailles, « Israël » a tué 68.229 Palestiniens à Gaza, en majorité des civils, selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza.



